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Une crise financière imminente ?

04/04/2019

La récente inversion de la courbe des taux aux USA a fait resurgir les discours les plus pessimistes à propos des marchés. L’accès de faiblesse des taux longs de part et d’autre de l’Atlantique serait le signe de la récession à venir et de la correction qui s’ensuivrait. C’est oublier l’interventionnisme des banques centrales dont l’objectif est de stabiliser la croissance et les marchés : on peut plaider à l’inverse que la baisse des taux longs voulue par les autorités monétaires constitue un stimulant pour la croissance mondiale et un soutien aux valorisations des actifs risqués.

Pour plus d’explications sur les termes financiers utilisés dans cet article, veuillez-vous référer au glossaire.

La bonne tenue ou non des marchés résulte d’une alchimie complexe où se mêlent des logiques économiques, politiques et psychologiques. Affirmer sans hésitation la venue prochaine d’un séisme boursier se révèle hasardeux et d’ailleurs ceux qui se sont prêtés à ce jeu depuis 2010 ont été démentis par les faits. Le retour rapide et massif de l’inflation du fait des politiques très accommodantes des banques centrales n’a pas eu lieu. Il ne s’agit pas de dire que les politiques monétaires non conventionnelles conduites depuis une décennie ne doivent pas nous questionner. La nouveauté des instruments n’est pas sans risque. Mais l’on ne dispose pas de suffisamment d’éléments nous permettant de conclure avec certitude à la catastrophe à venir.

Rappelons l’esprit de ces politiques monétaires conduites par la FED, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Banque du Japon (BOJ) : faciliter l’accès au crédit et donc la croissance. Baisse des taux courts, intervention sur les taux longs, financement à moyen terme des banques sont autant d’instruments qui ont stimulé la reprise du crédit bancaire et le financement des entreprises par le marché. Les plus sceptiques s’offusquent au motif qu’une autorité monétaire ne doit pas fausser les prix de marché. Il est vrai que par leurs interventions les banques centrales ont délibérément administré les taux et par voie de conséquence les prix de beaucoup d’actifs. Cela constitue d’ailleurs un paradoxe pour des institutions aux doctrines économiques habituellement libérales. Mais les faiblesses structurelles de l’économie mondiale (notamment la productivité trop basse et l’accroissement des inégalités selon le Fonds Monétaire International (FMI)) permettaient-elles de laisser faire sans intervenir ? Le risque de voir le crédit à l’économie ralentir durablement existait bel et bien. Le maintien durable d’un faible loyer de l’argent n’est pas sans inconvénient, notamment la hausse parfois excessive du prix des actifs et un retour toujours possible de l’inflation tant les phénomènes monétaires sont discontinus et difficilement prévisibles. Mais fallait-il courir le risque immédiat et avéré de fortes difficultés économiques et financières pour éviter à long terme une hypothétique fuite devant la monnaie ? La force économique et politique des USA, de l’Europe, du Japon et de la Chine leur permettent de prendre quelques distances par rapport à l’orthodoxie monétaire et budgétaires. C’est l’apanage des grandes puissances dont la monnaie est recherchée. Et la formidable épargne de ces pays est mobilisée pour soutenir des niveaux élevés d’endettement.

Les difficultés structurelles de nos économies n’ont pas encore été résolues ; la faiblesse de la productivité obère toujours les croissances potentielles. Les banques centrales sont donc contraintes de poursuivre dans la voie des politiques accommodantes. La FED a dorénavant renoncé à la hausse des taux et va réorienter l’usage de son bilan vers l’achat de la dette fédérale ce qui va constituer un soutien au financement du déficit budgétaire américain. Quant à la BCE, elle persiste et signe dans une politique monétaire favorable au financement de l’économie. Les banques font l’objet d’une attention toute particulière avec l’annonce récente d’un nouveau programme de Long-Term Refinancing Operations (LTRO) et de mesures à venir visant à limiter les effets des taux bas sur la rentabilité bancaire. Dans ce contexte on voit mal comment le crédit à l’économie et la croissance mondiale pourraient s’effondrer. Il n’y a pas suffisamment d’éléments probants pour faire le pari d’un krach majeur dans les prochains mois.

Mais néanmoins la progression des marchés des actions devrait être modérée. Les bénéfices ne pourront progresser fortement dans le contexte d’une croissance mondiale en léger ralentissement (et donc d’une hausse limitée des chiffres d’affaires) et de marges déjà élevées qu’on ne peut tirer toujours plus vers le haut. Quant aux multiples de valorisation, il est peu probable qu’ils baissent du fait des politiques de taux bas confirmées récemment mais on ne les voit pas se hisser à de nouveaux sommets. Donc oui aux actions mais sans en attendre des performances annuelles à deux chiffres.

Achevé de rédiger le 28 mars 2019, par Florent Delorme, macro analyste chez M&G Investments. 

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