Coronavirus : la déroute des marchés est-elle justifiée ?

30/03/2020

Les bourses n’en finissent pas de baisser et les rares jours de répit sont suivis de nouvelles déconvenues. C’est que les acteurs de marché tentent d’évaluer l’ampleur des dégâts et l’exercice n’est pas chose facile. La situation est en effet très grave sur les plans sanitaire, économique et financier, mais en même temps l’activisme des autorités monétaires et politiques est impressionnant.

Pour plus d’informations sur les termes financiers utilisés dans cet article, veuillez consulter le glossaire.

Dans un premier temps il ne faut pas sous-estimer la gravité de la crise actuelle :

1) Le confinement des populations est nécessaire pour endiguer l’épidémie mais cette méthode a un coût économique significatif. Christine Lagarde et la BCE estiment qu’une contraction de l’activité de l’ordre de 5% dans la zone euro en 2020 est désormais une hypothèse malheureusement plausible. On peut estimer que ce scénario d’une Europe en récession est désormais intégré dans les valorisations mais que se passera-t-il sur les marchés lorsque les USA annonceront eux-aussi la mise en place d’une quarantaine de la population américaine ?

2) Les gouvernements de la planète ont annoncé en quelques jours des plans de soutien sans précédent et les banques centrales ont elles-aussi frappé très fort. En Europe il s’agit de réitérer l’exploit du « whatever it takes » de Mario Draghi : du « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron au « there are no limits to our commitment to the euro », dans tous les cas c’est la rhétorique de l’absence de limite qui prédomine. Or il faut reconnaître que cette avalanche brutale de colossales annonces peut être anxiogène pour certains. N’est pas Mario Draghi qui veut, d’autant plus que le héros de 2012 bénéficiait d’un effet de surprise dorénavant en partie épuisé. En tout cas, le fait est que ces plans d’envergure n’ont pour l’instant pas provoqué un redressement significatif des bourses et ceci est embarrassant.

3) Les dernières semaines ont vu apparaître des phénomènes de marché troublants, notamment des difficultés temporaires de liquidité sur les bons du trésor américains liées en partie à la ruée vers le cash qui caractérise la période actuelle. Les taux se sont donc tendus dans ce contexte de défiance envers la dette souveraine, les annonces de dépenses massives pouvant susciter le doute chez quelques-uns comme évoqué au point « 2) ».

4) Enfin, le plus difficile de la crise sanitaire est à venir. La saturation des systèmes hospitaliers en Europe en bientôt aux Etats-Unis ne permet pas une prise en charge de qualité de l’ensemble des patients dans un état sévère. Selon les spécialistes cette situation devrait malheureusement conduire dans les prochains mois à un nombre très élevé de décès. Le traumatisme à venir des populations ne sera pas sans conséquences, même si pour l’instant il est difficile d’en mesurer avec précision la portée.

Pour autant, il faut conserver à l’esprit les éléments suivants :

1) La Chine et la Corée du Sud ont maîtrisé cette épidémie en trois mois. Nous ne sommes pas dans une impasse complète ; la crise sanitaire aura une issue.

2) Les mesures de soutien à l’activité, même si elles ne sont pas à ce stade de nature à stabiliser les marchés, constituent néanmoins des éléments très concrets. Elles devraient permettre un redémarrage rapide de nos économies sur la base d’un appareil productif majoritairement préservé. Les chiffres de relance annoncés sont impressionnants : quarante-cinq milliards d’euros pour la France, une vingtaine de milliards d’euros pour l’Espagne, environ vingt-cinq milliards pour l’Italie et de l’ordre de trente-quatre milliards de sterlings pour la Grande-Bretagne. A cela viennent s’ajouter des garanties d’Etat sur des prêts consentis par les banques aux entreprises, de l’ordre de 300 milliards d’euros par exemple pour la France. Aux USA, les mesures dans leur ensemble seront de l’ordre de 1300 milliards de dollars.

3) Les banques centrales sont déterminées à faire le maximum pour assurer le bon fonctionnement des marchés et un financement satisfaisant de l’économie. S’agissant de la FED, l’engagement s’est fait sur tous les fronts : baisse rapide des taux courts, intervention sur les marchés des bons du trésor et de la dette d’entreprises, mesures visant à assurer la liquidité des fonds monétaires américains. La BCE n’est pas en reste avec des achats massifs à venir de dettes souveraines et d’entreprises dans un cadre beaucoup plus souple que précédemment, la Grèce ayant par exemple été intégré au dispositif et les programmes d’achat de dette n’étant pas conditionnés par des mesures d’austérité. Les banques centrales européenne et américaine peuvent-elles assumer de tels engagements ? La réponse est probablement positive car le dollar et l’euro sont deux monnaies de référence sans concurrents sérieux et soutenus par des économies puissantes. Cela donne de la marge de manœuvre en manière de création monétaire, ce qui par voie de conséquence autorise des dépenses budgétaires accrues et rend soutenables les mesures envisagées au point 2).

4) Enfin, soulignons que la baisse spectaculaire du prix du pétrole constitue le second point saillant de l’actualité. Ce faible prix du cours du baril, lié à la rivalité des producteurs russes, saoudiens et américains tous engagés dans une guerre de parts de marché dans un contexte de ralentissement de la demande pour cause de confinement, devrait perdurer pour de longs mois et représente un facteur de soutien décisif à l’économie mondiale.

Les marchés financiers ont à ce stade peu de considération pour ces quatre derniers points mais cela ne devrait pas durer. Il est sans doute temps de commencer à revenir progressivement vers les actifs risqués.

Achevé de rédiger le 19 mars 2020

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