Relance ou rigueur dans la zone euro : quels enseignements tirer des choix économiques des années 30 ?

22/11/2019

Plus d’une décennie après la crise financière de 2008, la politique monétaire accommodante de la BCE est contestée. Nombreux sont les économistes qui élèvent la voix contre les taux bas et les programmes de rachat d’actifs…

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Plus d’une décennie après la crise financière de 2008, la politique monétaire accommodante de la BCE est contestée. Nombreux sont les économistes qui élèvent la voix contre les taux bas et les programmes de rachat d’actifs, mettant en avant le faible impact d’une telle démarche sur la croissance du crédit, les dommages collatéraux qu’elle occasionne – faible rentabilité des banques, développement des entreprises « zombies » (une entreprise fragile ne dispose que d'une trésorerie suffisante pour payer les intérêts de ses dettes) et bulle immobilière – et le soutien indu aux Etats européens à la solvabilité fragile, c’est-à-dire tous hormis l’Allemagne et les Pays-Bas selon ces économistes. C’est donc l’éternel débat entre les orthodoxes et les keynésiens qui refait surface, les premiers rappelant les règles élémentaires de saine gestion, les seconds appelant à une relance budgétaire d’envergure soutenue par la politique monétaire.

Le débat faisait déjà rage dans les années 30 durant lesquelles les Etats-Unis et le Royaume-Uni optèrent pour la dévaluation couplée à une forte relance dans le cas de l’Amérique tandis que la France prenait la tête d’un « bloc-or » constitué de pays attachés à l’étalon-or et rappelait son souci de préserver les équilibres budgétaires et la force du Franc. Il n’est donc pas inutile d’opérer un retour sur cette période riche d’enseignements.

En effet au début des années 30 les USA s’orientaient résolument vers le keynésianisme avec le New Deal tandis que les gouvernement français successifs affichaient leur volonté de préserver la force de la monnaie, ce qui d’ailleurs répondait à une demande de l’opinion publique hexagonale. Les dévaluations américaine et britannique de 1933 furent donc à l’origine d’une forte chute des exportations françaises (–50% entre 1929 et 1935) liée à la dégradation de la compétitivité française que les pouvoirs publiques entreprirent de restaurer par une politique de déflation.

Dès 1934 le ministère Flandin s’inscrit dans cette logique qui néanmoins ne permettra pas de stabiliser le Franc et en mai 1935 trois hausses de taux sont nécessaires pour éviter la dévaluation de la monnaie. La logique déflationniste sera pourtant amplifiée par le gouvernement Laval de juin 1935. Elle a notamment consisté en une baisse des traitements des fonctionnaires, des dépenses de l’Etat, des prix de l’électricité et du gaz. L’indice des prix à la consommation de 85 en 1933 s’établit à 72 en 1935, soit une baisse de 15.3%. Mais l’indice du PIB (Produit Intérieur Brut), de 93 en 1934, chute à 90 en 1935 (-3.2%). Cette politique de déflation ne permet pas de restaurer le déficit budgétaire car les recettes fiscales s’effondrent plus rapidement que les dépenses et la dette atteint des sommets à 200% du PIB. Le gouvernement est contraint de faire appel à la Banque de France pour financer le déficit public.

Le Front populaire arrive au pouvoir en 1936 toujours avec l’objectif affiché d’éviter la dévaluation. Mais la forte hausse des salaires suite aux accords de Matignon de 1936 provoquent le retour brutale de l’inflation et le gouvernement doit se résoudre à une dévaluation de l’ordre de 30%. Cette dépréciation de la monnaie aura le mérite de faire repartir l’économie dès l’automne 1936 mais elle arrivera trop tard et la France n’aura pas pu profiter de la reprise mondiale des années 1933 – 1936. Une rechute de l’économie mondiale en 1938 amènera une seconde d’évaluation aux alentours de 25% qui relancera la croissance. Seules ces dévaluations auront permis de compenser la faible productivité de l’économie française.

Quels enseignements tirer de cette séquence historique ?

En premier lieu, il faut retenir que c’est la dévaluation qui fera repartir l’économie française en 1936 et 1938, davantage que les mesures de relance de l’économie. C’est pourquoi la question de la parité de la monnaie unique demeure essentielle. Le poids des exportations de la zone euro vers le reste du monde est important. De ce point de vue, la politique de la BCE semble percutante car elle maintient l’euro à un niveau satisfaisant pour les exportations. Un abandon de la politique des taux bas et de l’assouplissement monétaire provoquerait une appréciation significative de la devise avec des conséquences importantes sur le niveau des exportations de la zone, son PIB et les bénéfices des multinationales. Cette question de la trop grande force de l’euro en cas d’abandon de la politique actuelle est peu rappelée par les contempteurs de la BCE.

Ensuite il ne faut sans doute pas avoir peur de la relance budgétaire, y compris pour les pays du sud de l’Europe. Les USA en ont usé avec force dans les années 30 tandis qu’il a fallu attendre le Front Populaire en France pour qu’elle soit initiée. La contraction de la dépense publique en France dans les années 1934 – 1936 afin de restaurer la compétitivité française à l’export est une expérience qui n’a pas démontré son efficacité.

Les données sont tirées de l’ouvrage de Pierre Dockès, Le capitalisme et ses rythmes, quatre siècles en perspectives. Tome 1, Sous le regard des géants, Classiques Garnier.

Achevé de rédiger le 15 novembre 2019, par Florent Delorme, macro analyste chez M&G Investments.

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